Parce qu’une crise qui dure, c’est une vraie crise: c’est qu’il y a toujours quelque chose à creuser dessous.
Et je trouve ça dangereux De mettre ça sur le dos d’une forme de normalité.
Très dangereux.
Sous Couverture de « crise d’adolescence » on risque réellement passer à coté d’un réel mal être.
Un exemple (entres autres) de mon expérience:
J’ai accouché il y a 2 ans de ma petite dernière, ma grande avait 12 ans.
Pendant quelques mois, quand sa sœur avait 4 mois, elle est devenue « terrible ».
Elle qui était si agréable, si dans le dialogue, l’empathie… elle devenait rebelle, agressive, limite insolente.
Tout le monde me disait autour de moi « c’est la crise d’adolescence, ça y est, tu y es ! ».
Un soir, une grosse crise a éclaté entre nous, on a beaucoup hurlé, c’était vraiment violent.
A un moment donné elle m’a dit en pleurant « maman ! Tu m’as toujours dit que quand les enfants étaient insupportables, c’est que c’était la faute des parents ! »
… et là, prise à mal, engluée dans ma colère…
Je lui ai hurlé dessus, à bout de fatigue, d’incompréhension, à bout de nerfs… :
« ben je ne t’ai dit que des bêtises ! Tu exagères là ! Vraiment ! »…
On a claqué les portes, hurlé… et je suis allée me coucher là dessus.
Ce soir là, j’ai fais tout ce que je savais ne surtout jamais devoir faire…
Malheureuse, très malheureuse; j’avais le sentiment d’avoir « perdu ma petite fille »…
Et pourtant… pourtant…
Et cette petite phrase, terrible, qui tournait dans ma tête…
« … quand les enfants sont terribles, tu m’as toujours dit que c’était de la responsabilité des parents… »
C’est vrai.
C’est une doctrine qu’on a dans notre famille depuis 4 générations.
Mais voilà, ce jour là, tout s’écroulait: malgré mes compétences, malgré mon expérience, malgré tout ce que je savais: mon cerveau, ma fatigue avait eu raison de ma bienveillance et de mon savoir.
Mon cerveau primaire me hurlait: « NON, ce n’était pas ma faute: c’était ELLE qui était trop gâtée, qui exagérait… vraiment. »
J’étais en colère, aveuglée par ma colère.
Je l’entendais pleurer de l’autre côté du mur, dans sa chambre… fort.
Si fort…
Elle pleurait vraiment Très très fort.
Trop fort.
Beaucoup trop fort.
Et …
… à entendre ce désespoir…
… mon coeur s’est ramolli de chagrin…
… la colère a fait place à une peine, immense.
Je l’aime tellement, tellement.
Et … j’ai réfléchis… beaucoup.
Je me suis mise à sa place… et…
… le boomerang m’a éclaté à la « gueule », à fait exploser toutes mes certitudes.
Enfin, j’y voyais clair.
Depuis 4 mois, depuis l’arrivée de sa sœur, on ne lui parlait que pour des « conseils/directives », plus de moments réellement qualitatif… malgré tous nos efforts… malgré notre vigilance, tout tournait autour de sa petite sœur.
Elle m’avait eu à elle toute seule pendant 12 ans, je la voyais « grande », tellement mature… que …
… j’en ai oublié que ma petite fille pouvait être « jalouse », pouvait trouver la situation terriblement injuste et être « malheureuse ».
Qu’elle se sentait profondément délaissée.
Et j’ai réalisé à quel point elle était vraiment désespérée et en colère après nous, malgré tout ce qu’on faisait pour la rassurer.
J’ai réalisé aussi qu’elle faisait une énorme abnégation d’elle même, par amour pour nous, pour sa sœur.
Je me suis levée… je suis allée la trouver… elle pleurait toujours vraiment beaucoup.
Je l’ai prise dans mes bras, l’ai serré contre moi….
… et lui ai demandé pardon en pleurant moi aussi très fort.
Je lui ai expliqué tout ce que je venais de comprendre… et elle a pleuré encore plus fort.
J’ai pris l’entière responsabilité de cette crise qui était somme toute bien légitime.
Je lui ai re-confirmé qu’en effet, quand les enfants étaient terribles, c’était TOUJOURS la faute des parents.
C’était bien notre faute oui.
Pas la sienne.
Nos cœurs se sont réunis, dans un long sanglot… nous nous sommes comprises et apaisées.
Je lui ai promis d’être encore plus vigilante, on a organisé des moments à nous, des soirées pour nous retrouver.
Et… vous le croirez si vous le voulez: j’ai complètement retrouvé ma fille.
Plus une ado en colère, non.
Pas « une crise d’adolescence », inévitable.
NON.
Ma fille, une ado formidable, celle avec qui je communiquais, avec qui je riais, partageait… ma fille que j’ai toujours connue.
Et que je reconnaissais de nouveau, enfin:
Elle a 15 ans aujourd’hui, on reste toujours très vigilants: il n’y pas eu d’autre « crise » depuis.
J’aurai mis ça sur le dos de « la crise » normale d’adolescence, je pense que je serais passé complètement à côté.
Et au delà de mon expérience personnelle, dans tous les accompagnements que j’ai pu faire depuis maintenant plusieurs années, ça s’est toujours révélé juste:
Ne jamais oublier que derrière un adolescent en crise, se cache un adolescent malheureux, avant tout.
Magali Dumez / Alèthéia Hestia

